Le Fermier de la lame Un orgueil en train de récolter
Le Fermier de la lame Un orgueil La lame Un orgueil
ATANOR›Les Fermiers›Un orgueil
III · lettre C · dos bleu

Le Fermier de la lameUn orgueil

Au-dessus · Réussite · Vanité

La robe de nacre et la lune à la perle : il récolte l'ovation, puis le manque quand elle se tait.

Ba-Miel et Hab-MielVoir la lameFaire un tirage

Le Fermier d'Un orgueil est celui qui brille : il récolte l'élan de se montrer, le plaisir d'être applaudi, puis le manque qui suit quand les applaudissements se taisent. La carte Un orgueil parle de réussite, de prestance et de besoin de reconnaissance ; elle vous invite à baisser un peu le volume de votre propre voix pour laisser entrer celle du monde.

Une robe de nacre et une lune qui tient une perle

De tous les Fermiers de la ronde, c'est le plus soigné. Sa robe n'est pas simplement violette : elle est chatoyante, rose et mauve, faite d'une mosaïque d'écailles qui accrochent la lumière comme une nacre. Par-dessus, un second pan, plus court, tombe en biais sur le devant, bordé d'un galon d'or qui se termine en pointes, à la manière d'une étole de cérémonie. Les manches et l'ourlet portent le même or. Rien n'est laissé au hasard : on s'est habillé pour être regardé.

La tête s'étire vers le haut puis se recourbe d'un seul côté, en une corne unique qui dessine un croissant. Au milieu, là où d'autres auraient un visage, brille un médaillon d'or : un petit croissant de lune qui tient dans son creux une perle ronde. On dirait une décoration épinglée sur la poitrine d'un vainqueur, ou un soleil minuscule qu'on aurait posé dans un berceau pour mieux le montrer. Au bout des manches, des griffes sombres, fines, écartées ; en bas, des chaussures violettes à pointe enroulée, cerclées d'or. Sur le portrait, il se tient au bord de l'eau dans la lumière du couchant, et c'est lui, plus que le soleil, que les reflets semblent chercher.

Il occupe la troisième place de la ronde. Avant lui, le Fermier de l'Isolement et sa tour crénelée ; après lui, le Fermier d'Un mystère. Voilà un voisinage éloquent. L'orgueil sort souvent de la tour comme un acteur de sa loge, et il côtoie le mystère, qui fait tout le contraire : se cacher au lieu de se montrer. Son dos est bleu, la couleur de la famille du dedans, qu'il partage avec Un isolement, Un mystère, Un éclairage, Une affection et Un jugement. Sa tranche aligne trois mots qui racontent une ascension et sa chute possible : Au-dessus · Réussite · Vanité.

Ce qu'il récolte : la lumière des projecteurs et l'ombre qu'ils laissent

Ce Fermier-là travaille avec les deux Miels. D'abord le Hab-Miel : la joie franche d'une réussite, la fierté d'un travail bien fait, la chaleur d'une salle qui applaudit. C'est une énergie légère, volatile, qui s'évapore vite. Il le sait. Il la cueille à l'instant même. Puis vient le Ba-Miel, bien plus abondant : le besoin d'en avoir encore, la vexation quand l'éloge ne vient pas, la jalousie devant le succès d'un autre, la peur sourde d'être un jour percé à jour.

Dans l'univers des Fermiers, c'est le mécanisme du piège doux que décrit le deuxième tome : le Hab-Miel y est l'appât, le Ba-Miel le rendement réel. On peut se représenter ce Fermier comme un organisateur de galas qui ne se lasse jamais de remplir la salle, parce que chaque ovation prépare le silence qui suivra, et que ce silence, lui, rapporte tous les jours.

Les vieilles traditions avaient déjà repéré sa forme la plus raffinée : celle qui s'installe chez les chercheurs eux-mêmes, quand l'éveil devient un titre de gloire.

Le discours de mariage

On vous a demandé quelques mots au dessert. Vous les avez préparés, peaufinés, répétés dans la voiture. Le discours fait rire, puis pleurer, puis rire encore. On vient vous féliciter. Pendant une heure, vous flottez. On peut imaginer le Fermier au fond de la salle, ravi, un verre à la main. Le lendemain, vous relisez les messages reçus, vous comptez ceux qui n'en ont pas envoyé, et un vague malaise s'installe : était-ce vraiment si bien ? C'est le second service.

Le récit qui prend toute la table

Un dîner entre amis. Quelqu'un commence une histoire ; elle vous en rappelle une meilleure, et vous la racontez. Puis une autre. Vous êtes drôle, vous êtes brillant, on vous écoute. Vers minuit, vous remarquez que la personne assise en face n'a pas terminé sa première histoire. Pour ce Fermier, c'est une soirée remarquable : beaucoup d'éclat, et, pour finir, un petit pincement de gêne que vous ne savez pas nommer.

Le compliment qui a manqué

Au travail, vous avez porté le projet à bout de bras. Réunion de clôture : votre responsable remercie l'équipe, cite trois noms, pas le vôtre. Rien d'hostile, un simple oubli. Mais pendant trois jours, cet oubli tourne dans votre tête plus fort que tous les remerciements reçus depuis dix ans. Voilà la matière la plus stable qu'il connaisse.

« Il est dit de vous »

La phrase est courte et d'une grande justesse. Elle ne dit pas que vous êtes vaniteux. Elle dit que vous agissez, et que vos actions sont faites pour être vues. On retrouve l'élan de la première lame de la ronde, Une initiative, mais tourné vers le public : l'initiative ne vaut plus seulement par ce qu'elle produit, elle vaut par le regard qu'elle attire.

Dans la lecture de l'univers, « Il est dit de vous » désigne ce qui est récolté. Ce n'est pas votre talent que le Fermier prélève ni votre réussite, qui peut être entièrement méritée. C'est l'adjectif : démonstratives. L'instant où le geste se retourne vers la salle pour vérifier qu'on regarde. Tant que vous faites, vous êtes libre ; dès que vous faites pour être vu, vous êtes récolté.

Un orgueil sur les trois axes

Amour

  • Personnage qui attise les passions par son comportement.
  • Personnage dans le paraître et le déni.
  • Personnage qui cherche à être ovationné, à son seul profit.

En amour, Un orgueil fascine. Il attire, il enflamme, il fait tourner les têtes. La deuxième phrase apporte le contrepoint : le paraître et le déni. On montre la meilleure version de soi et l'on refuse de voir ce qui ne colle pas au portrait. La troisième va plus loin : la relation devient une scène, et l'autre, un public. On peut être très aimé ainsi, et très seul.

Activité

  • Personnage qui en impose par son parcours professionnel.
  • Personnage au tempérament de camion.
  • Personnage qui mobilise son énergie et celle des autres.

L'image du camion est irrésistible, et parfaitement exacte : une force qui avance, qui porte beaucoup, qui ne freine pas facilement, et qui prend toute la largeur de la route. Dans le travail, cet orgueil a de vraies vertus. Il entraîne, il mobilise, il fait avancer les projets. La question est seulement de savoir si les autres montent à bord ou s'ils se rangent sur le bas-côté.

Âme

  • Personnage en recherche de reconnaissance.
  • Personnage confiant, parfois à l'excès.
  • Personnage démonstratif, en recherche d'approbation.

C'est ici que la carte montre son cœur tendre. Sous la robe de nacre, deux fois le même mot : recherche. De reconnaissance, d'approbation. L'orgueil, vu de l'intérieur, est rarement un excès de confiance ; c'est plus souvent une soif. On brille parce qu'on a besoin qu'on nous le confirme. La confiance « parfois à l'excès » est un manteau posé sur une question : est-ce que je compte ?

Le surprendre en vous

Ce Fermier a l'avantage d'être voyant, même en vous. Il suffit de savoir où regarder :

  • la poitrine qui se soulève et le menton qui monte d'un centimètre quand on vous félicite ;
  • la voix qui gagne en volume dès qu'un groupe se forme autour de vous ;
  • le regard qui vérifie, en coin, l'effet produit par ce que vous venez de dire ;
  • une pointe dans l'estomac quand quelqu'un d'autre reçoit l'éloge que vous espériez ;
  • le besoin de raconter une réussite le jour même, comme si elle n'existait pas tant qu'elle n'était pas dite.

Rien de tout cela n'est honteux. Ce sont les réflexes d'un être qui veut compter pour les autres, c'est-à-dire d'un être humain. L'enjeu n'est pas de les juger, ce qui fabriquerait aussitôt une honte, excellent Ba-Miel, mais de les voir passer. Le menton qui monte, vu avec un sourire, perd la moitié de son poids.

« Cette carte vous invite à »

Réduire, pas supprimer. Personne ne vous demande de disparaître ni de feindre la modestie, qui n'est souvent qu'un orgueil plus discret. L'emphase, c'est le volume, l'effet, l'éclairage ajouté. Et la fin de la phrase ouvre la fenêtre : au profit du reste du monde. Il ne s'agit pas de devenir petit, mais de laisser de la place. De découvrir que la salle contient d'autres voix, et qu'elles valent la peine d'être entendues.

Dans l'univers des Fermiers, cette invitation est ce qui transforme. Le Troisième Miel n'est pas une émotion plus noble que la fierté. C'est la présence à la fierté : la sentir monter, entière, chaude, et savoir qu'elle monte. Le deuxième tome en décrit le goût pour ceux qui ont l'habitude de se tenir en armure :

Un orgueil dans un tirage

Comme toutes les lames de l'Atanor, celle-ci ne prédit rien. Le jeu se tient avec un sourire : il ne vous annonce ni gloire ni chute, il vous montre votre façon d'occuper la scène.

Dans le tirage à 3 axes, en Amour, Un orgueil signale une relation qui se joue sur le terrain du paraître : séduction vive, mais peut-être une difficulté à montrer ce qui ne brille pas. En Activité, elle parle d'une énergie de locomotive, d'un parcours qui en impose ; elle vous demande si l'équipe avance avec vous ou derrière vous. En Âme, elle met à nu la soif de reconnaissance, et vous propose de chercher ce qui, en vous, n'a pas besoin d'être applaudi pour exister.

Dans la Roue, qui mène de la Noire vers la Blanche, sa position colore la lecture. Juste après la Noire, elle livre la clé du chemin : l'ombre à regarder est peut-être le besoin d'être vu. Juste avant la Blanche, réduire l'emphase devient le dernier pas vers votre part sublime : la lumière que vous cherchiez dans les regards se trouve de l'autre côté de ce geste.

Avec ses voisines, la lame prend d'autres couleurs. Près d'Un isolement, elle dit la hauteur qui isole, la tour devenue piédestal. Près d'Un mystère, elle rencontre son contraire, et le tirage vous interroge sur ce que vous montrez et ce que vous cachez. Avec les autres lames au dos bleu, elle se fait écho : aux côtés d'Un jugement, l'orgueil devient verdict sur les autres ; aux côtés d'Une affection, il peut enfin se déposer dans un lien où il n'a plus rien à prouver.

Questions fréquentes

Que signifie la carte Un orgueil ?

Un orgueil, troisième lame de l'Atanor, dit : vous prenez des initiatives démonstratives. Sa tranche aligne Au-dessus, Réussite, Vanité. La carte parle de prestance, de réussite et, en profondeur, d'une recherche de reconnaissance et d'approbation. Elle vous invite à réduire votre emphase au profit du reste du monde : laisser de la place aux autres voix.

Un orgueil est-elle une carte négative ?

Non, pas en soi. Un orgueil décrit aussi une vraie force : un parcours qui en impose, une énergie qui mobilise les autres, une confiance réelle. L'Atanor ne prédit rien et ne juge pas ; il montre. Ici, il montre surtout le moment où l'action se retourne vers la salle pour vérifier qu'on la regarde, et la soif de reconnaissance qu'il y a dessous.

Que veut dire Un orgueil en amour ?

Sur l'axe Amour, Un orgueil décrit quelqu'un qui attise les passions, qui vit dans le paraître et parfois le déni, et qui cherche à être ovationné à son seul profit. La relation peut devenir une scène et l'autre un public. La carte suggère de montrer aussi ce qui ne brille pas : c'est souvent là que le lien se resserre.

Qui est le Fermier d'Un orgueil ?

Dans l'univers des Fermiers, c'est celui qui récolte l'envie de briller. Robe chatoyante rose et mauve, galons d'or, tête en croissant portant un médaillon où une lune tient une perle : il est habillé pour être vu. On peut se le représenter cueillant la joie des ovations, puis le Ba-Miel du manque et de la vexation. Il se tient entre Un isolement et Un mystère.

Vincent Trapinaud
Vincent Trapinaud

Auteur de la trilogie Les Fermiers et créateur de l'Atanor, le Tarot des Fermiers. Un jeu de réflexion : il ne contacte personne et ne prédit rien. Les lames donnent la vue, jamais le pouvoir.

ATANOR — le Tarot des Fermiers · Les 21 Fermiers · Les 24 lames