Le Fermier d'Une initiative est le premier de la ronde, celui qui se tient juste après la Noire : il récolte l'élan, cet instant où vous décidez, où vous proposez, où vous vous lancez. La carte Une initiative parle de goût d'entreprendre, de choix et de confiance ; elle vous demande aussi, avec un sourire, de regarder ce que devient cette ardeur quand elle ne sait plus attendre.
Un marcheur aux jambes d'or, coiffé d'un croissant
On le reconnaît de loin, et c'est bien son genre. Une tunique violette, courte, taillée comme un parchemin qu'on aurait déchiré en hâte : l'ourlet part en pointes, les manches tombent en lambeaux. La capuche monte et se sépare en deux cornes qui dessinent un croissant ouvert vers le ciel, comme une coupe prête à recevoir. Pas de visage : une seule fente jaune, verticale, cernée de deux petits points, comme une mèche qui vient de prendre.
Le reste est une affaire de jambes. Elles sont immenses, jaune d'or, couvertes d'écailles fines, et finissent en pointes dentelées au-dessus de chaussures vert sombre à la pointe recourbée. Les mains, du même vert, pendent au bout des manches, longues, griffues, les doigts à demi ouverts. Tout le corps est une silhouette de départ : un être construit pour faire le premier pas, et le suivant, et celui d'après. Sur le portrait, au soleil couchant, son reflet le double sur un dallage mouillé, comme si un second lui-même était déjà parti devant.
Sa place dans la ronde dit l'essentiel. Dans le tore, lu dans le sens horaire de la Noire vers la Blanche, il vient en premier. Derrière lui, la Noire, le néant, les scories, « Sombre-enfouit » ; devant lui, le Fermier de l'Isolement. C'est une position parlante : l'initiative est ce qui jaillit de l'ombre, et l'isolement ce qui guette celui qui a trop marché seul. Son dos est vert, la couleur de la pousse ; il partage cette famille avec Une chance, Une force, Une question et Une tranquillité. Sur la tranche de la lame, trois mots : Étude · Recherche · Proposition. On étudie, on cherche, puis on propose. Le Fermier se poste au troisième mot.
Ce qu'il récolte : la flamme du départ, puis la braise de l'impatience
Dans l'univers des Fermiers, les Récolteurs de terrain n'inventent aucune de nos émotions. Ils « les orientent, les maintiennent, les intensifient », dit le premier tome. On peut se représenter celui-ci comme un cultivateur de commencements. Il ne vous donne pas l'envie d'entreprendre ; il la trouve, et il souffle dessus.
Sa récolte est double, et c'est ce qui le rend si efficace. Au moment où vous vous lancez, il prélève un Hab-Miel vif : la joie du projet neuf, la confiance, l'optimisme, ce petit courant électrique du « cette fois, c'est la bonne ». Puis, quand le monde ne suit pas votre cadence, quand la réponse tarde, que l'associé hésite, que le corps demande une pause, il récolte le Ba-Miel de l'impatience : l'agacement, la frustration, la tête baissée qui fonce quand même. Le Hab-Miel ouvre le champ. Le Ba-Miel, plus dense et plus durable, est le vrai rendement.
Il n'a rien d'un ennemi. Comme le rappelle le livre, la cruauté n'est pas leur moteur, le besoin l'est. Un Fermier de l'élan a faim de départs, voilà tout, et vous en produisez beaucoup.
Le lundi des trois projets
Un dimanche soir, vous décidez : dès demain, vous reprenez la course, vous lancez ce site dont vous parlez depuis un an, vous rangez enfin le garage. Le lundi matin, tout brille. On peut imaginer le Fermier assis au bord de la table, attentif, recueillant cette clarté de l'aube. Le jeudi, deux projets sur trois ont glissé. Vous vous le reprochez, et vous en ajoutez un quatrième pour vous rattraper. Il n'a eu besoin de rien faire : la boucle tourne seule.
La réunion où vous aviez raison trop tôt
Autour de la table, quelqu'un expose un problème. Vous avez la solution avant la fin de sa phrase, et vous la donnez. Elle est bonne, d'ailleurs. Mais personne ne l'adopte, parce que personne n'a eu le temps d'y arriver. Vous insistez, vous reformulez, la voix monte d'un ton. Le Fermier, lui, ramasse deux fois : l'éclair de la trouvaille, puis la chaleur sourde de n'avoir pas été suivi.
Le message envoyé à minuit
En amour, il aime les déclarations franches. Vous écrivez ce que vous ressentez, vous l'envoyez sans attendre le matin. C'est courageux. Puis vient le silence de l'autre, qui dort. Vous regardez l'écran, vous relisez, vous comptez les minutes. L'élan était un cadeau ; l'attente, c'est la récolte.
« Il est dit de vous »
Deux verbes, et deux besoins. Aimer entreprendre, c'est le goût du commencement, le plaisir de la page blanche, du terrain vierge, de la première pierre. Vouloir faire des choix, c'est autre chose : le désir de tenir la barre, de trancher plutôt que de subir. Ce sont des qualités, et beaucoup vous les envient.
Dans la lecture de l'univers, « Il est dit de vous » désigne ce qui est récolté. Ce que le Fermier prélève ici n'est donc pas votre capacité à agir, mais le moment précis où l'action devient une réponse automatique : entreprendre pour ne pas rester immobile, choisir pour ne pas avoir à attendre. Tant que l'élan vient de vous, il vous nourrit ; quand il vient de l'inconfort du vide, il nourrit quelqu'un d'autre.
Une initiative sur les trois axes
Amour
- Personnage impliqué, qui démontre ses sentiments.
- Personnage qui transforme et consolide ses relations.
- Personnage qui prend le dessus : il aime séduire autrui.
En amour, cette carte est généreuse. Elle parle de quelqu'un qui montre ce qu'il éprouve, qui fait avancer le lien, qui ose. La troisième phrase nuance : prendre le dessus, aimer séduire. L'initiative amoureuse peut devenir une conquête, et la relation, un projet de plus à mener. La question n'est pas de ralentir votre cœur, mais de laisser à l'autre le temps de faire, lui aussi, un pas vers vous.
Activité
- Personnage qui fait des propositions.
- Personnage qui avance la tête baissée.
- Personnage ayant une certaine confiance en ses capacités.
Au travail, vous êtes celui ou celle qui propose. La deuxième phrase est la plus précieuse : la tête baissée. On avance vite, mais on ne voit plus le paysage, ni les collègues à côté, ni le mur au bout. La confiance en vos capacités est réelle ; la carte vous suggère simplement de relever la tête de temps en temps, pour vérifier que la route que vous tracez est encore celle que vous vouliez prendre.
Âme
- Personnage en recherche de soi.
- Personnage confiant et optimiste.
- Personnage parfois oppressant par ses attitudes, omniprésent.
Sur l'axe de l'âme, l'initiative se retourne vers l'intérieur : une recherche de soi, portée par une vraie confiance. Mais la dernière phrase a l'honnêteté des bons miroirs : oppressant, omniprésent. À force de remplir l'espace, on peut prendre celui des autres. Et parfois, on remplit l'espace pour ne pas entendre la question que la recherche de soi finirait par poser.
Le reconnaître à l'œuvre en vous
Le Fermier d'Une initiative ne se montre jamais au moment où vous êtes calme. Il se reconnaît à des signes très physiques, presque comiques quand on les voit enfin :
- une poussée dans la poitrine, vers l'avant, comme si le buste partait avant les jambes ;
- les doigts qui tapotent, le pied qui bat sous la table pendant qu'un autre parle ;
- la phrase qui commence dans votre bouche avant que celle de l'autre ne soit finie ;
- le réflexe d'ouvrir un nouveau chantier le jour même où le précédent devient difficile.
Aucun de ces signes n'est à corriger. Ils sont à remarquer. Le point décisif, c'est l'instant où l'élan cesse d'être un choix et devient une décharge. Avant, vous proposez. Après, vous ne supportez plus de ne pas proposer.
« Cette carte vous invite à »
Calmer, pas éteindre. La carte ne vous demande pas de renoncer à entreprendre, ni de devenir prudent par principe. Une ardeur calmée reste une ardeur ; elle cesse seulement de brûler tout ce qui la retarde. Dans l'univers des Fermiers, « Cette carte vous invite à » désigne ce qui transforme, et la transformation ne passe ni par la lutte contre le Fermier ni par une résolution de plus. Ce serait lui offrir un nouveau départ à récolter.
Le chemin vers le Troisième Miel est plus simple, et plus déroutant pour un tempérament d'action : sentir l'élan en entier, et savoir qu'on le sent. Rester dans la vague sans être emporté. L'impatience n'a alors plus besoin d'être décharge ; elle devient une information. « Je suis pressé. » On peut le constater, comme on constate qu'il pleut. Le Fermier ne sait rien faire de cette phrase-là.
Une initiative dans un tirage
L'Atanor est un jeu de réflexion, tenu avec un sourire : il ne prédit rien, il vous tend un miroir.
Dans le tirage à 3 axes, Une initiative change de nuance selon l'axe où elle tombe. En Amour, elle signale un moment d'engagement, une envie de faire avancer la relation : c'est l'occasion de vous demander si vous avancez avec l'autre ou pour deux. En Activité, elle annonce un temps de propositions et de projets ; la vigilance porte sur la tête baissée et la dispersion. En Âme, elle parle d'une recherche de soi qui passe par l'action, et vous suggère que certaines réponses viennent en s'arrêtant.
Dans la Roue, où le chemin va de la Noire vers la Blanche, sa place compte. Si elle ouvre le chemin, juste après la Noire, c'est elle qui en livre la clé : votre élan est la porte par laquelle l'ombre se montre, et c'est lui qu'il faut regarder d'abord. Si elle ferme le chemin, juste avant la Blanche, son invitation devient le dernier pas : calmer l'ardeur est alors ce qui vous sépare de votre part sublime.
Avec ses voisines, elle raconte des histoires différentes. À côté de la Noire, elle rappelle l'ordre de la ronde : l'initiative naît de ce que l'on n'a pas encore vu en soi. À côté d'Un isolement, elle met en garde contre le projet mené seul, celui qui finit en tour. Avec les autres lames au dos vert, Une chance, Une force, Une question, Une tranquillité, elle forme une famille : l'élan qui rencontre une chance devient une saisie, face à une question il devient une recherche, et près d'Une tranquillité il trouve enfin son rythme. Enfin, si la lame tombe près de Je bloque, le « pourquoi » arrête sa course : excellente nouvelle, au fond, pour quelqu'un à qui l'on demande de calmer son impatience.


